L'Ange (2)

Lorsqu'elle ferme les yeux, lorsqu'il n'y a plus de bruit, elle n'a aucun moyen de savoir où elle se trouve. Elle ne perçoit que la lumière ou l'obscurité mais sait qu'elle ne peut atteindre ces deux opposés car ils sont hors de porté. La respiration de l'Ange ne peut plus remplir ses poumons d'un air dont elle ne connait la provenance. Elle commence à étouffer et va devoir ouvrir les yeux. L'Ange a peur. Elle ne sait ce qui l'attend hors de son monde interne, celui qui ne lui laissait pas voir la réalité. Lorsqu'elle ouvrira les yeux pour de bon, l'Ange ne pourra plus se mentir face au réel. Elle préférait se mentir à jamais, quitte à rater l'éventualité d'un bonheur dans le monde qui lui est extérieur.
L'Ange a fait vœux de se mentir. Elle se cache à présent de tous ce qui l'entoure pour vivre dans le néant, loin du destin et de la réalité. L'Ange vécu ainsi jusqu'à suffoquer de ses mensonges. Elle fut dans l'obligation  d'ouvrir les yeux et vit ce monde fait de peur, de violence, de haine et de mépris, dans lequel elle fut totalement abandonnée à son propre sort.
L'Ange voulait hurler mais chaque cris n'était que muet et sa bouche demeurait close. Faible, elle décida de partir. C'est en ce jour qu'elle rejoignit son nuage et ses louangeurs qui lui firent dont de leur présence si bien que l'Ange ne fut plus seule. Mais sa triste condition d'exilée l'obligea à regarder le monde en face et ce, pour l'éternité.